Les Salelles (Ardèche)

PORTRAITS DE SALELLOIS

Entretien avec Jean-Benoît PLAGNOL à Bas Montachard le 5/8/2020. Par Bertrand REMI & Anna WORM

Si vous venez aux Salelles par la route de Chambonas, vous ne pourrez pas rater sur les deux côtés de la route, les vignobles de Jean-Benoît et Armelle Plagnol. Jean-Benoît, bientôt 56 ans, d’une famille Salelloise d’agriculteurs à Montachard depuis 4 ou 5 générations, a partagé avec nous l’histoire de sa famille et ses projets (passés et futurs) autour des vignes.

Avant la seconde guerre mondiale, Maurice, son père, qui avait perdu ses parents très jeune, a dû quitter Montachard pour grandir chez sa tante à Chambonas. A 16 ans, il a commencé à travailler à la mine de Pigère ; aller-retour à vélo, enchainant parfois 2 rotations de 8 heures. Il se baignait dans le Chassezac pour se laver avant de rentrer à la maison. En 1951, il a repris le travail de ses parents à Montachard, au début avec la culture des pêchers. A cette époque, Maurice vendait ses pêches à bons prix au pont de Gravières, avec ses cagettes sur sa Vespa. Pendant la période des vendanges dans le midi, une activité nécessaire pour compléter ses revenus, il a rencontré Antoinette, une fille auvergnate. En ce temps-là, à Montachard, il y avait des châtaigniers là où Maurice a commencé à planter ses vignes. Petit à petit Maurice s’est converti vers la culture des vignes, la terre étant trop pauvre pour bien vivre des pêches et des châtaignes.

Dans les années 80 le cépage Gamay a été introduit. Maurice en a planté ainsi des cépages hybrides, plus résistants contre les maladies. Il faisait son vin à Montachard mais il a rapidement rejoint la cave coopérative de Payzac. Les coopératives donnaient des directives assez strictes, les pieds hybrides, n’étant pas assez nobles, ont tous été arrachés.

Après son baccalauréat en construction mécanique, Jean-Benoît a travaillé à la cave coopérative des Vans et puis a fait son service militaire quand son père Maurice est mort dans un accident de tracteur en 1984. Jean-Benoît est retourné à Montachard pour soutenir sa mère pour le travail des vignes. Après 7 ans ensemble sur l’exploitation, Antoinette a pu prendre sa retraite. Depuis 1991, Jean-Benoît travaille à son compte. Ses voisins, Raymond et Marie Chalbos, également viticulteurs, l’ont beaucoup aidé. Ils faisaient les vendanges ensemble et Jean-Benoît, étant déjà un peu équipé, leur rendait aussi service. Après leur retraite il a repris leurs vignes. Maurice et Antoinette Plagnol travaillaient 3 hectares de vignes, aujourd’hui Jean-Benoît en a 7.

Quelques années plus tard, Jean-Benoît a rencontré Armelle, sa femme depuis 2001, mère de ses deux filles Amélie et Éloïse et surtout la personne avec qui Jean-Benoît réalise ses rêves autour de la vigne. Une vie commune pleine de projets : un gîte dans l’appartement au-dessus de la maison d’Antoinette, la construction de leur propre maison et une conversion de la viticulture conventionnelle au biologique. Après le décès de Roland Pansier (2013), un très proche ami de Jean-Benoît, agriculteur de St Pierre, Jean-Benoît a eu un déclic et a abandonné toute utilisation de produits chimiques (fongicides, insecticides, herbicides) et s’est lancé dans le bio. Quatre ans difficiles ont suivi ce choix. Entre temps les caves de Payzac et Rosières ont fusionné avec celles de Largentière et des Vans mais les raisins bio n’étaient toujours pas appréciés. Avec un rendement inférieur de moitié au conventionnel (40 hectolitres par hectare étant l’objectif de Jean-Benoît et Armelle, en conventionnel on peut avoir 70-80 hectolitres/hectare), mais les raisins payés au même prix furent une perte sèche.

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Jean Benoît PLAGNOL

Depuis 2016, Jean-Benoît vend ses raisins pour faire des vins bio et nature, et garde le reste pour faire ses propres cuvées. Avec la reprise des champs de la famille Chalbos et des autres parcelles on trouve du merlot, du grenache, du chatus et des hybrides rouges et blancs. Les vignes hybrides sont des plants pollinisées avec les plants plus résistants, génération après génération pour créer, après une quinzaine d’années, un plant beaucoup plus résistant contre les maladies. Aujourd’hui plusieurs hybrides sont autorisés pour la vinification, donc le couderc et le villard blanc que l’on retrouve chez les Plagnol. En 2017 les Plagnol ont reçu le label bio.

A ce jour, 95% de raisins sont vendus ; Jean-Benoît et Armelle ne gardent que 5% pour faire 2000 bouteilles de vin nature par an, qui sont vendues à domicile, à la cave « Vins sur Vans », à Nîmes et même à Paris. Ils voudraient bien monter à une production de 10.000 bouteilles par an, mais ils ont besoin d’espace pour la production. Un projet de construction d’une cave liée avec un espace d’accueil pour partager avec les touristes la vie autour des vignes, est dans leur esprit. Une autre ambition du couple les amène à viser un niveau au-dessus du bio : la biodynamie, où on travaille d’une manière ésotérique, inspirée par Rudolph Steiner en tenant compte de la lune, de la fertilité du sol et beaucoup moins du feuillage.

Armelle et Jean-Benoît travaillent tous les deux à plein temps avec leurs vignes sur notre commune (et sur Chambonas), avec l’aide d’un et parfois deux employés, dont Jacques Derain, dit « Jacquot », ancien employé municipal. Après sa retraite Jean-Benoît voudrait s’assurer que ses vignes continueront d’être travaillées de manière bio pour la qualité du vin mais aussi pour la qualité de vie du voisinage. Les parents Plagnol laissent le choix ouvert à leur deux filles, Amélie 18 ans et Éloïse 13 ans, de travailler plus tard dans la viticulture. Deux de quatre cuvées portent leurs prénoms, les autres cuvées sont appelées Maurice, Raymond et Jacquot, d’après les prénoms des personnes qui leur tiennent à cœur.

N’hésitez pas à vous arrêter pour visiter les vignes et goûter les vins de Jean-Benoît et Armelle !

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Dauphiné du 5 novembre



Albert, le doyen du village à 93 ans, bon pied, bon œil

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Albert et Lucienne Gévaudan
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Albert et Lucienne Gévaudan
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Albert Gévaudan


Nous avons voulu rencontre le doyen du village, Albert Gevaudan, 93 ans, pour qu’il nous raconte sa vie, sa famille, son expérience. Sa première réaction : « Attends au moins que je sois mort !! » et voilà tout de suite la force de caractère de cet homme. Albert est né un 19 septembre 1926 à Malarce sur la Thines, quartier des Fontoux, quartier qui se trouve à l’extrémité de la communes des Salelles, loin de Malarce, mais le découpage cadastral en a fait la propriété du village de Malarce. Ses parents paysans ont eu 6 garçons dont deux, Sylvain et René sont décédés, Albert étant le plus ancien encore en vie, puis Elie, Jean et Georges. Albert, comme ses frères, allaient à pied à l’école communale des Salelles, au-dessus de la mairie actuelle et où on parlait français, mais à l’âge de 13 ans, il a préféré la quitter, aider ses parents à la ferme et aider les paysans du village ou couper les arbres destinés aux étais de mines à l’époque et surtout pour se faire un peu d’argent.

Adolescent et lassé des travaux de la ferme, il quitte l’Ardèche en 1954 pour rejoindre un oncle à Marseille, travailler pendant deux ans dans une laiterie pour finalement être engagé comme chauffeur de bus à la RATM (Régie Autonome des Transports de Marseille) devenue RTM (Régie des Transports Métropolitains) où il a travaillé jusqu’à sa retraite. Entre temps, il a rencontré sa future épouse, Lucienne, sa voisine du quartier de Luminière, née le 18 décembre 1933, qu’il épousera en 1955 et qui le rejoindra à Marseille, où elle a travaillé comme agent de service puis comme aide-soignante au lycée Jean-Perrin. Ils ont deux fils, Alain, né en 1956 et Bruno né en 1960 qui sont très proches de leurs parents.

Albert et Lucienne ont pris leur retraite et sont revenus construire leur maison aux Salelles, à 500 m de la maison familiale. Les passions d’Albert sont simples, naturelles et écologiques : son jardin, ses oliviers, ses châtaigniers, ses vignes avec lesquelles il produit son vin tous les ans et surtout la chasse, qu’il a quand même dû arrêter il y a deux ans.

Tous les deux sont très assidus à toutes les manifestations des associations du village : l’UNRPA Gravières-Les Salelles avec les jeux de cartes le mercredi, les voyages, les spectacles, celles du comité des fêtes, les lotos, les castagnades, le 15 août ou les réveillons de fin d’année. Le couple est très apprécié des habitants du village par leur gentillesse et leur sympathie accueillante. Longue vie au doyen et rendez-vous en 2026 !

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Dauphiné du 6 mai



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